L'Orgue historique
de Saint-Chinian

(Hérault)

 

Histoire

 

L'église paroissiale Notre-Dame de la Barthe à Saint-Chinian avait été ruinée par les troupes de Pierre Bacou, de Pierrerue, au moment des Guerres de Religion à la fin du XVI° siècle.

Sa restauration s'est étalée sur tout le XVII° siècle. Elle a été achevée en 1701.

Dans ce vaste édifice de style ogival, un premier orgue fut installé en 1736. Soit que l'instrument fut trouvé trop petit ou que son fonctionnement fût défectueux, l'abbé Massip, curé de Saint-Chinian avant, pendant et après la Révolution française, entreprit de l'agrandir et de le reconstruire presque totalement à la fin de l'Ancien Régime.

La localité était alors prospère en raison des industries drapières et métallurgiques. C'était la deuxième ville du diocèse de Saint-Pons de Thomières, et les évêques de Saint-Pons résidaient à Saint-Chinian en hiver, le climat y étant moins rigoureux. L'abbé Massip voulut doter l'église paroissiale d'un orgue capable de rivaliser avec l'instrument de la Cathédrale de Saint-Pons, construit en 1771, lui-même identique à celui de la Cathédrale de Vabres, diocèse voisin et limitrophe au Nord-Est.

Les orgues de Vabres et de Saint-Pons sont du facteur Jean-Baptiste Micot, auteur d'instruments prestigieux dans le Sud-Ouest. L'orgue de Saint-Chinian n'est pas signé. Les documents des archives paroissiales attestent l'activité de Louis Peissy, facteur d'orgues de Béziers, et permettent de dater l'instrument des années 1784.

La parenté entre les instruments de Vabres, Saint-Pons et Saint-Chinian est évidente, leur esthétique sonore et leur mécanique sont identiques. La composition des orgues de Vabres et de Saint-Pons, placées dans une église-cathédrale, est identique. La composition de l'orgue de Saint-Chinian respecte le rang inférieur de l'église paroissiale : le clavier de grand-orgue n'a pas de jeu de seize pieds, mais une flûte de huit pieds, le positif ne comporte qu'un jeu de mixtures ou plein jeu, au lieu de deux.

On pense que le facteur était proche de l'atelier de Micot, soit un parent, soit un ouvrier.

Un temps abandonné pendant la prohibition du culte, l'orgue fut restauré à l'initiative de l'abbé Massip qui avait retrouvé ses fonctions en 1806.

Pendant le XIX° siècle, il fut en usage et régulièrement entretenu grâce aux soins de Baptiste Puget, le frère du grand facteur toulousain Théodore Puget.

Régulièrement entretenu, mais jamais modifié. Car la localité de Saint-Chinian a décliné progressivement au XIX° siècle, comme l'industrie traditionnelle ancienne.

La paroisse n'a jamais eu les moyens de faire mettre l'orgue au goût du jour romantico-symphonique. C'est ainsi - pauvreté n'est pas vice - que les jeux du XVIII° siècle et la mécanique délicate ont traversé le temps et nous sont parvenus à la fin du XX° siècle. Certes, deux jeux avaient été enlevés et le clavier de pédale avait disparu, la mécanique était défaillante, le buffet vermoulu. Mais l'essentiel était intact.

Le réveil de l'intérêt pour la musique ancienne a suscité un essai de restauration dès les années 1960.

Classé Monument Historique en 1985, l'orgue a fait l'objet d'une restauration exemplaire inaugurée en 1994, conduite par Jean-François Muno, qui assure l'entretien de l'instrument